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JUSTICE FISCALE : L’IMPOT MONDIAL SACRIFIÉ AU PROFIT DES MULTINATIONALES AMÉRICAINES

Exemptions et ajustements techniques pour satisfaire Washington

Présenté comme une révolution de justice fiscale, l’impôt mondial sur les multinationales devait enfin freiner l’optimisation fiscale agressive. Pourtant, avec l’exonération accordée aux États-Unis, l’impôt perd sa portée, son sens et sa crédibilité internationale, au point d’apparaître comme un renoncement politique majeur.

Le 5 janvier 2026, l’accord international sur l’impôt minimum mondial, négocié depuis des années sous l’égide de l’OCDE, a été officiellement amendé. L’impôt, censé instaurer un plancher fiscal commun pour les multinationales, se heurte désormais à une réalité brutale : les États-Unis obtiennent une exemption centrale, transformant ce projet emblématique en symbole d’échec pour la justice fiscale internationale.

L’impôt mondial, une promesse ancienne désormais vidée de sa substance

L’idée d’un impôt mondial sur les multinationales n’est pas née par hasard mais par nécessité. Depuis la crise financière de 2008, puis avec l’explosion des profits numériques, l’impôt est devenu un enjeu central du débat international. Progressivement, les États ont reconnu que, sans coordination, l’impôt sur les sociétés était condamné à une course vers le bas à cause de l’optimisation fiscale agressive des entreprises.

Ursula Van der Leyen s’incline devant Donald Trump - source : Économie Matin)

Ainsi, en 2021, près de 150 pays avaient validé le principe d’un impôt minimum mondial de 15 %, destiné à limiter l’évasion fiscale des multinationales, selon les travaux de l’OCDE repris par Reuters.

Dès l’origine, l’impôt mondial a suscité des résistances. Les multinationales américaines, fortement implantées à l’international, ont fait pression pour préserver les règles fiscales nationales. Ainsi, l’impôt devait s’appliquer aux groupes dépassant 750 millions d’euros de chiffre d’affaires. Toutefois, l’impôt international n’a jamais été pleinement intégré dans le droit américain. Cette faiblesse structurelle a ouvert la voie à l’exonération actuelle.

L’exonération américaine : quand l’impôt cède face aux États-Unis et à Trump

Le tournant décisif intervient début janvier 2026. Washington obtient officiellement que les multinationales américaines soient exclues du champ du Pilier 2 de l’impôt mondial. Selon Boursorama, les entreprises concernées ne seront soumises qu’aux impôts minimums américains existants. Le département du Trésor s’est félicité de cette décision. Dès lors, l’impôt international perd son universalité, pourtant indispensable à son efficacité.

Cette victoire américaine s’inscrit clairement dans un contexte politique marqué par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.

Cependant, l’impôt apparaît désormais comme un outil à géométrie variable, façonné pour satisfaire la première puissance économique mondiale, au détriment de l’équité internationale.

Un échec total de l’impôt et de la justice fiscale internationale

Les conséquences de cette exonération dépassent largement les Etats-Unis. En réalité, l’impôt mondial reposait sur un principe simple : empêcher les multinationales de transférer artificiellement leurs bénéfices vers des juridictions à faible fiscalité. Or, selon AP News, l’exemption accordée aux États-Unis risque de compromettre près d’une décennie de progrès en matière de coopération fiscale.

Les GAFA échappent à l’impôt mondial - montage : clubespace21.fr

Si plus de 145 pays ont validé la version amendée de l’accord, selon Reuters, cet apparent consensus masque une réalité inquiétante. L’impôt minimum reste fixé à 15 %, mais il est désormais assorti de multiples exemptions et ajustements techniques destinés à satisfaire Washington. Mathias Cormann, secrétaire général de l’OCDE, a défendu ces amendements en affirmant qu’ils amélioreraient la certitude fiscale et réduiraient la complexité. Néanmoins, en pratique, l’impôt mondial se transforme en compromis affaibli, incapable d’imposer une discipline fiscale commune aux multinationales les plus puissantes.

Paolo Garoscio (Économie Matin)

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