Combien l’ensemble des canicules possibles entre 2026 et 2030 pourraient-elles coûter à la France ? Selon Allianz Trade, jusqu’à 200 milliards d’euros de pertes cumulées de PIB dans un scénario de répétition des années les plus chaudes observées entre 2014 et 2024.
Un choc climatique, un coût économique
La chaleur extrême devient un frein diffus, un risque macroéconomique à part entière. Pour l’économie française, l’enjeu est majeur. La chaleur pèse simultanément sur la productivité, les coûts de l’énergie, les marges des entreprises, l’investissement, la consommation et les finances publiques. Une canicule ne se limite pas à des arrêts de chantier, à des bureaux surchauffés ou à une hausse de la climatisation. En cinq ans, la perte estimée sera de 5 à 7% du PIB qui correspond aux 200 milliards d’euros.
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À titre de comparaison, l’étude estime les pertes à 354 milliards de dollars pour le Japon, 147 milliards pour l’Italie, 131 milliards pour l’Allemagne, 120 milliards pour l’Espagne auxquels s’ajouteront 240 milliards pour la France. Cette vulnérabilité tient à plusieurs facteurs : densité urbaine, vieillissement de la population, bâtiments conçus historiquement pour conserver la chaleur en hiver, infrastructures de refroidissement insuffisantes et forte exposition de certains secteurs à la baisse de productivité.
Au-delà de 30 °C, le travail est perturbé
Le mécanisme est simple : la chaleur fatigue, ralentit les gestes, dégrade la concentration, perturbe le sommeil et augmente les risques sanitaires. Dans une économie de services comme la France, cela signifie que l’impact dépasse largement les secteurs traditionnellement associés aux intempéries. Résultat : les entreprises produisent moins à coût salarial relativement inchangé. Le risque est particulièrement sensible pour le BTP, la logistique, l’agriculture, l’industrie manufacturière, les transports, le commerce et l’hôtellerie-restauration, mais aussi les employés de bureau lorsque les locaux sont mal isolés ou insuffisamment refroidis.
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La productivité ne chute pas seulement dans les métiers physiquement exposés. La chaleur altère aussi les performances cognitives, accroît l’absentéisme, allonge les temps de pause et complique l’organisation du travail. Cette pression rogne les marges, notamment dans les secteurs à faible rentabilité ou à forte intensité de main-d’œuvre. Les entreprises peuvent être contraintes de décaler les horaires, suspendre certains travaux, renforcer la ventilation, installer des équipements de refroidissement ou accepter une baisse de cadence. Toutes ces adaptations ont un coût.
La climatisation ne suffit pas : elle ajoute un coût énergétique
La chaleur déclenche un deuxième canal économique : l’énergie. Quand les températures montent, la demande de refroidissement augmente. Allianz Trade estime qu’à 35 °C, chaque degré supplémentaire peut entraîner une hausse d’environ 1,2 % de la consommation d’énergie par habitant. Ce phénomène crée un effet de ciseaux. Au moment même où les salariés produisent moins, les entreprises et les ménages dépensent davantage pour maintenir des conditions de travail ou de vie acceptables. La climatisation devient alors une réponse nécessaire, mais coûteuse. Elle accroît les factures d’électricité, renforce la pression sur les réseaux et peut alimenter les tensions sur les prix de l’énergie.
Pour les pays importateurs nets d’énergie, cette hausse de la demande peut aussi dégrader la balance commerciale. Pour les ménages modestes, elle pose une question sociale : tout le monde n’a pas accès à un logement bien isolé ou à un système de refroidissement efficace. Le coût de la chaleur devient donc aussi un facteur d’inégalités.
Les risques les plus inquiétants : l’investissement, l’inflation et le chômage
La partie la plus préoccupante de l’étude ne concerne pas seulement la perte immédiate de production. Elle concerne l’investissement. Selon Allianz Trade, dans les économies les plus exposées, la baisse de la formation de capital fixe dépasse souvent celle de la consommation. Pour la France, l’étude évoque une chute de l’investissement de 14,7 % par rapport au scénario de référence, accompagnée d’une baisse de la consommation de 5,9 %.
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Ce qui signifie : moins d’investissement aujourd’hui signifie moins de productivité demain, moins d’équipements, moins d’innovation et une capacité industrielle plus contrainte. Ajoutant à ces contraintes l’arrivée de l’IA dans le monde du travail, les importantes implications en matière d’emploi et les bouleversements attendus des métiers et des organisations.
Dans les pays les plus exposés, les prix et le chômage peuvent augmenter en même temps, pouvant entraîner une récession. Pour la France, l’Italie et la Slovaquie, Allianz Trade estime que les prix pourraient progresser de 3,2 % à 3,7 % dans le scénario étudié, tandis que le chômage augmenterait de 0,86 à 1,51 point.
En conclusion
Ce mécanisme est difficile à gérer pour les banques centrales. Si l’inflation provient d’un excès de demande, relever les taux peut contribuer à la freiner. Mais si elle provient d’un choc d’offre — moins de production, plus de coûts, plus de contraintes physiques — le remède devient plus délicat. Resserrer la politique monétaire pourrait contenir les prix, mais aggraver l’emploi et l’investissement. La chaleur crée donc une contrainte nouvelle pour la politique économique.
Dans la zone euro, la difficulté est encore plus grande : une même politique monétaire s’applique à des pays dont l’exposition climatique diverge. Les pays du Nord peuvent, dans certains scénarios, bénéficier temporairement de températures plus douces, tandis que la France, l’Italie, l’Espagne ou la Grèce subissent des pertes de productivité et des tensions inflationnistes.
Paolo Garoscio (Économie Matin)


