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Octobre 2021

Présidentielle : le jeu d’équilibriste de la Cour des comptes pour peser dans le débat public

octobre 2021


Du 22/10/2021 par Renaud Honoré pour LES ECHOS.fr

La Cour des comptes a démarré ce jeudi la publication d’une douzaine de notes qui vise à alimenter le débat public avant l’échéance d’avril 2022, même si son premier président, Pierre Moscovici, assure que l’institution restera éloignée de la campagne électorale proprement dite.

Attention, terrain glissant. Avec le démarrage ce jeudi de la publication d’une douzaine de notes sur « les grands enjeux auxquels il sera essentiel de s’atteler dans les cinq ou dix ans à venir », la Cour des comptes se lance dans un délicat jeu d’équilibriste : pousser sa voix suffisamment haut pour se faire entendre et peser avant la présidentielle , sans verser dans le jeu partisan et être accusé de rouler pour certains candidats . « Il n’est pas question de participer à la campagne électorale. Mais la Cour peut être plus présente dans le débat public et dans une temporalité plus proche des décisions », assure Pierre Moscovici, le premier président de l’institution.

Ce jeudi, une première salve de notes - synthèses actualisées de rapports produits ces derniers temps par les magistrats financiers - est sortie, centrée autour de la très sensible question des retraites , de la gestion de la justice, de la réforme des universités et de la transition agroécologique. Huit autres (sur la politique énergétique, le logement, etc.) suivront d’ici à début décembre. « La publication s’arrêtera avant la campagne électorale proprement dite. On aurait pu tout publier après l’élection, mais on ne voulait pas donner l’impression de faire la leçon au nouvel élu », se justifie l’ancien commissaire européen.

Ligne de crête

C’est la première fois que la Cour se livre à un tel exercice avant l’échéance présidentielle. « L’information des citoyens fait partie de sa mission constitutionnelle. Dans le contexte actuel où le ’quoi qu’il en coûte’ n’en finit pas , si la Cour des comptes ne met pas en avant certaines thématiques, personne ne le fera », juge François Ecalle, ancien magistrat à la Cour et désormais responsable du site spécialisé Fipeco.

Pour autant, cette incursion préprésidentielle fera sans doute tousser certains décideurs. « On est sur une ligne de crête. C’est en effet une forme de pression dans l’atmosphère politique, même si c’est pour la bonne cause de mon point de vue », reconnaît Eric Woerth, président (LR) de la commission des Finances de l’Assemblée nationale.

Pour désamorcer ces critiques, la Cour a pris bien soin que ces notes suivent une méthodologie similaire à ces rapports traditionnels, adoptés à l’issue d’une délibération collégiale. « C’est important, ça désamorce le risque qu’on y voit une façon pour Pierre Moscovici de continuer à peser dans le débat politique », estime un bon connaisseur de la maison. En guise de défense, l’ancien ministre des Finances de François Hollande insiste sur le fait que « ces notes ne sont pas prescriptives, avec plusieurs leviers possibles sans enfermer les choix ». Ceci n’empêche pas la Cour de poser comme incontournable une réforme paramétrique des retraites, ce qui fera sans doute hurler certains candidats à la présidentielle.

Ces notes n’ont-elles vocation qu’à nourrir le fameux « cercle de la raison », théorisé en 1995 par Alain Minc pour promouvoir la candidature d’Edouard Balladur, et ce alors que Clément Beaune, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, juge qu’Emmanuel Macron doit être le « candidat de la raison » ? « Nous ne roulons pas pour alimenter telle ou telle équipe, répond Pierre Moscovici. En revanche, si nous pouvons contribuer à ce que la raison prévale dans une époque marquée par les caricatures et la désinformation, nous le ferons. Nous voulons contribuer à la qualité du débat public qui en a besoin. »

Ouvrir une « institution plutôt frileuse »

Ces notes s’inscrivent dans une vaste réforme voulue par l’ancien commissaire européen pour rendre la Cour plus agile et plus en phase avec le débat public. Celui-ci estime que le choix récent du major de l’ENA de choisir la Cour pour sa sortie de l’école témoigne de la nouvelle attractivité gagnée par l’institution.

Ce n’est pourtant pas la première tentative pour ouvrir une « institution plutôt frileuse », selon un de ses membres, Philippe Séguin s’y étant essayé lui aussi il y a quinze ans. « Finalement, le principal risque avec ces notes présidentielles, c’est d’aboutir à un exercice inodore et sans saveur », estime le bon connaisseur de la maison. « Je préfère qu’on soit accusé d’être un robinet d’eau tiède plutôt que partisan. Mais je pense que nous pouvons être ni l’un ni l’autre », estime Pierre Moscovici.

à suivre dans LES ECHOS.fr

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